Maître renard en danger

Impossible pour le renard blanc d’ignorer la délicate situation dans laquelle se trouve le renard roux, son proche cousin.
Il y a quelques jours, la fédération de chasse de Charente-Maritime a provoqué un tollé en instaurant une prime pour le chasseur qui rapporterait le plus de queues de renards à l’issue de la saison de chasse, avant de revenir sur sa décision devant l’indignation générale.

Merci donc à tous ceux qui ont partagé cette information, réagit, manifesté leur mécontentement… vous avez certainement contribué à sauver quelques spécimens. C’est aussi un message fort : les réseaux sociaux sont utiles à la protection animale, ils permettent de faire reculer la barbarie.

Car oui, il s’agit bien de barbarie. Rappelons que la législation française considère toujours le renard comme un « nuisible ». Il est donc légal de l’abattre tout au long de l’année, quitte à aller le chercher dans son terrier quand il allaite ses petits.

A l’heure où l’importance de la biodiversité est connue de tous, il parait inconcevable de continuer à répéter ainsi les erreurs du passé. Le renard blanc vous propose donc de vous informer afin de mieux comprendre l’importance de ce petit prédateur dans les espaces naturels qu’il habite.


DESCRIPTION & COMPORTEMENT

Le renard roux, vulpes vulpes est un canidé de taille moyenne qui vit en Eurasie, Amérique du Nord, Afrique du nord et Australie. C’est un mammifère omnivore à prédominance carnivore. Il se nourrit surtout de rongeurs et de lapins, mais aussi d’insectes, de poissons ou de fruits.
Le Renard roux a un corps allongé avec des membres relativement courts par rapport à sa taille. Sa queue, est plus longue que la moitié de son corps (elle représente généralement 70 % de la taille de son corps). Elle se termine par une petite touffe de poils blancs. Elle sert à l’animal de balancier et lui tient chaud quand il dort et qu’il s’en enveloppe.
Le renard est un animal solitaire (hors reproduction) et territorial. Il occupe quelques hectares à plusieurs centaines selon ses besoins alimentaires.
Il se reproduit de décembre à janvier pour une mise-bas aux beaux jours.

Le renard est un opportuniste. Il est doté de grandes facultés d’adaptation qui lui permettent d’étendre son territoire selon ses besoins. Certains spécimens se sont par exemple, adaptés à une vie urbaine. Il a la réputation d’être rusé, et volontiers chapardeur. Rôle qu’on lui attribue souvent dans la littérature.

Son nom actuel, renard, provient d’un nom commun d’origine germanique Raginhard (ragin = conseil + hard = dur). Il était auparavant nommé Goupil. Son appellation actuelle provient du Roman de Renart, ouvrage de récits animalier issu du Moyen-âge.



A volpi perdi u pelu ma micca u viziu.
Le renard perd le poil mais jamais le vice.Proverbe Corse


IDÉES REÇUES

Officiellement, le renard est classé comme « nuisible » en raison des dégâts qu’il occasionne dans les élevages particuliers ou industriels, mais aussi des maladies qu’il véhicule.

LE CHAPARDAGE

Il est vrai que le renard attaquera volontiers un élevage de poules. Étant donné que j’en possède un moi-même et que j’habite au milieu du maquis, il a fallut prendre cette donnée en compte lors de la construction du poulailler. Une attaque de renard a un coût, il tue un grand nombre de volatiles et laisse les survivants traumatisés. La ponte s’arrête ou se ralentit et le préjudice financier est indéniable (comptez en moyenne 15€ par poule). Il ne m’ait jamais venu à l’idée d’abattre des renards pour autant car des solutions existent :
D’abord, nous possédons un chien, qui assure une grande partie de la protection des volatiles. Il est habitué à aboyer lorsque des individus s’approchent de notre terrain (vaches en divagation, sangliers, renards…) et protège ainsi nos cultures maraîchères et nos poules, qui évoluent en liberté sur tout notre terrain.
Ensuite, nous avons construit un poulailler équipé d’une volière dont le grillage a été enterré profondément et fixé dans la tranchée par des pierres, ce qui ne permet pas au renard de creuser pour entrer, même en cas d’absence du chien.

En plus d’un an, et malgré la population importante de renards qui nous entoure, nous n’avons eu à déplorer aucune attaque. Nous avons cependant perdu 4 poules à cause d’un chien domestique, plus exactement une chienne, que Mac, notre border-collie a gentiment laissé rentrer, pensant certainement obtenir quelques faveurs en laissant la demoiselle croquer nos poules.
Aussi, il me semble plutôt simple de protéger son élevage contre la prédation du renard, et même s’il est vrai que les accidents arrivent néanmoins, il est important de garder à l’esprit que le goupil, lui aussi, doit se nourrir.

LES MALADIES

Quant aux maladies qu’il est censé véhiculer, rappelons que la rage du renard a été éliminée en 2001. Ce n’est donc plus d’actualité.
Désormais, c’est l’échinococcose alvéolaire qui pose problème, ou du moins, qui sert de justification aux organisations de chasse qui entendent protéger l’Homme de cette dangereuse maladie transmise par notre ami le renard…

 

 

L’échinococcose est une zoonose (c’est à dire, une maladie dont les agents peuvent se transmettre d’animal à homme et vice-versa). Il s’agit d’un ver plat (ou ténia), Echinococcus multilocularis, mesurant 2 à 5mm à taille adulte, qui colonise l’intestin grêle du renard, mais aussi du chat ou du chien domestique. Il se reproduit en répandant des segments remplis d’oeufs dans les selles des hôtes infectés. Ces selles contaminent ensuite d’autres individus en étant ingérées (soit directement, soit par contamination croisée, par exemple grâce aux rongeurs qui sont des hôtes intermédiaires).
Les animaux domestiques ayant un accès à l’extérieur sont aussi susceptibles d’être touchés que les renards.
Le parasite peut se transmettre à l’homme lorsque celui-ci ingère des oeufs. Par exemple en consommant des baies sauvages non lavées, en laissant le chien ou le chat lécher les assiettes, en ne se lavant pas les mains après contact avec l’animal domestique…
Comme pour tous les ténias, leur cycle de vie implique deux animaux. Leur hôte définitif est un carnivore – dans les intestins duquel vivent les vers adultes – et la plupart des mammifères, y compris les humains, peuvent servir d’hôte intermédiaire dans les organes desquels les vers forment des kystes. Une fois dans le corps humain, le parasite va coloniser l’intestin grêle à partir duquel il rejoindra la circulation sanguine et formera des kystes dans d’autres organes, comme le foie ou les poumons. Ce sont les kystes qui provoqueront des symptômes invalidants, ils agissent comme des tumeurs qui peuvent perturber la fonction de l’organe dans lequel ils se trouvent. Chez l’homme, la maladie peut être sévère, occasionnellement mortelle, et son traitement se révèle long et coûteux. L’échinocoque est en revanche sans danger pour l’hôte définitif (chat, chien, renard).

Le renard n’est donc pas plus susceptible de transmettre cette maladie que le chat ou le chien domestique. Si l’on massacre les uns, faut-il aussi tuer les autres ? Cela paraît assez inconcevable.

Pour se protéger, rien de plus simple. Il suffit d’interdire l’accès du potager aux chats, chiens et renards, en clôturant son jardin et en utilisant un filet de protection. Lors des cueillettes sauvage, par exemple les petits fruits (mûres…) ou les champignons, il suffit de les laver, ou préférentiellement de les faire cuire, l’échinocoque et ses oeufs meurent au delà de 30 minutes à 60°C. La congélation est en revanche inefficace (les oeufs pouvant survivre jusqu’à -70°C, les congélateurs familiaux ne sont pas suffisamment froids pour les éradiquer).
La chaîne de transmission allant de la main à la bouche, un lavage fréquent des mains constitue également une mesure de prévention majeure, après avoir caressé un animal domestique ou après avoir effectué des travaux de jardinage.


RÔLE DANS LA BIODIVERSITÉ

Le renard joue un rôle très important dans le territoire qu’il occupe.
D’abord, c’est le prédateur naturel de nombreuses autres espèces dont il régule la population (rongeurs, lapins…). Rappelons qu’un déséquilibre dans les populations de lapins ou de rats a un impact grave pour l’écosystème. Ces espèces se reproduisent très rapidement et il devient vite impossible d’en contrôler la prolifération, leur surpopulation provoque des ravages dans les cultures, comme dans les milieux naturels. Contrairement à ce que l’on voudrait nous laisser penser, le renard est un auxiliaire précieux de l’agriculteur. En effet, il est capable de manger 6000 à 10 000 campagnols par an. Ce petit rongeur dévore chaque année près de 10.000 hectares de prairie et autres surfaces cultivées. La méthode de lutte la plus répandue à ce jour pour repousser le campagnol est la lutte chimique, c’est à dire l’utilisation de puissants rodenticide (en général du phosphure de zinc) en association avec des anticoagulants ou d’autres molécules neurotoxiques, molécules chimiques qui empoisonnent ensuite les oiseaux et autres animaux. J’ai fait des recherches sur la dégradation de ces différentes molécules dans les sols mais je n’ai trouvé aucune donnée. Dans le doute, abstenons-nous de commentaires…

Le renard joue aussi le rôle de « nettoyeur » de la forêt/du sous-bois/de la prairie qu’il habite. Ce grand opportuniste devient volontiers charognard lorsque les temps sont durs. Il dévore ainsi les cadavres des animaux morts, évitant à ces derniers de contaminer ensuite les nappes phréatiques.

Enfin, il est la proie de nombreuses autres espèces, parmi lesquelles le loup ou l’aigle qui le chassent pour se nourrir.

Notre renard a donc une importance capitale dans la chaîne alimentaire et dans la biodiversité. Le supprimer c’est laisser la place à ses proies naturelles pour se développer à outrance et affamer ses prédateurs. On ne le répètera jamais assez, la nature a capacité pour s’auto-réguler elle-même et il est ô combien important de la laisser faire.


IMPACT DE LA CHASSE

Entre 600 000 et un million de renards sont tués chaque année en France !
Outre la cruauté des méthodes de chasse employées, que je ne détaillerai pas, ces chiffres sont d’autant plus absurdes qu’il n’y a aucune forme de régulation puisque le renard est un « nuisible ». Dans un pays qui se vante de son excellente gestion environnementale c’est une hérésie.

Vous le découvrirez plus en détail dans ce blog, je ne suis pas opposée à la pratique de la chasse. J’ai d’ailleurs un très bon ami qui y consacre une bonne partie de son temps. Seulement, comme dans toute activité, il y a des gens intelligents et d’autres qui le sont moins. Le « vrai » chasseur a une connaissance très approfondie de la nature. Il prélève des individus pour les manger mais ne tue pas inutilement et respecte les écosystèmes car il est conscient que la poursuite de son activité dépend de sa capacité à préserver le milieu naturel dans lequel il évolue.

Je mets d’ailleurs à votre disposition, un peu plus bas, dans le contenu téléchargeable, un excellent document réalisé par JC. Ricci qui détaille tous les grands principes de la cynégétique en forêt.

Enfin la chasse au renard est complètement inutile car le renard est une espèce qui a la capacité de se réguler naturellement, c’est à dire que l’accroissement ou le déclin de sa population dépend de la quantité de nourriture qui se trouve sur son territoire. Mère-nature fait donc bien les choses sans intervention de l’Homme.
En revanche, il arrive que les chasseurs réalisent des lâchers de proies (faisans, perdrix et autres) pour compenser les populations naturelles qui ont été décimées. Les individus alors relâchés sont issus d’élevage, ils ne possèdent pas ou peu d’instinct de survie naturel et sont dévorés par les renards et autres prédateurs rapidement après avoir été relâchés. Et c’est bien cela qui ennuie les chasseurs, davantage que les maladies ou le chapardage. Leur réflexion devrait, à mon sens, porter sur les comportements qui ont engendrés la disparition de ces espèces, plutôt que de reproduire ce comportement.


QUELLES SOLUTIONS ?

Des associations se mobilisent pour protéger le renard :

Apporter une aide financière à ces associations est déjà une bonne chose, mais le plus urgent serait de faire sortir le renard de la liste des nuisibles afin que sa chasse ne soit plus autorisée n’importe quand et n’importe comment. Trois départements français l’ont déjà fait : la Corse, la Savoie et Paris. Bravo à eux.
Pour les autres, avez-vous des idées de la manière dont il faudrait procéder ? (Pétition, lettre ouverte…)


POUR ALLER PLUS LOIN

 

 
 


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